Laurence van Ypersele

Université Catholique de Louvain

 

Les figures du traître

I. Les imaginaires de la haine : la répression des inciviques belges, 1914-1918

 

Abstract: The cult of the Homeland, which had enabled resistance during WWI, extended, in its immediate aftermath, into a cult dedicated to the memory of the war: "in the name of the Country", one had fought, suffered and died; "in the name of the Country", it was also demanded that collaborationist traitors should be punished. An analysis of several types of traitors points to an imaginary of hatred that appears to be the inverted mirror image of the Homeland cult. Invariably betrayed had been the Country, the nation, and the general welfare. Former collaborationists had been disloyal to the state and its institutional structures. Those who had taken advantage of the war situation had betrayed the unity of the Belgian people, in their common experience of painful occupation (material distress and national humiliation). They had actually refused communion in suffering. Spies in the service of Germany had betrayed the heroic soul of the country by giving up the worthiest national heroes: they appeared as Judas handing over numerous patriotic "Christs". Last but not least, deserters had betrayed Belgian heroism, which entailed loyalty to international justice and the defence of national freedom.

Keywords: Belgium, social imagination, images of the traitor, collaborationism

 

Introduction

On ne sort pas de quatre années de guerre comme d'un simple cauche­mar, au son du dernier coup de canon, le 11 novembre 1918 a 11 heures du matin. Au sortir de la Grande Guerre, la Belgique est ruinée. Les soldats et le roi qui rentrent du front sont acclamés. Les héros et les martyrs sont glorifiés. Et la population qui a quotidiennement souffert pendant quatre années d'occupation réclame des tetes. En effet, l'immédiat apres-guerre sera mar­qué d'un côté par une vague d'hommage aux < Morts pour la Patrie Patrie Patrie Patrie > et de l'autre par une explosion de haine réclamant le châtiment des < mauvais Belges Belges Belges Belges >. Pour réclamer justice, la presse et les citoyens [1] en appellent a la mémoire de < nos grands morts morts morts morts >, aux souffrances subies par les < vrais Belges Belges Belges Belges > et a la < Civilisation > pour laquelle on s'est battu. C'est toute l'image de la Belgique héroique et martyre que l'on brandit pour justifier la répression : au nom des héros et des martyrs, a mort les traîtres ! Car, tous ces < mauvais Belges Belges Belges Belges > sont présentés et perçus comme des traîtres a la Patrie. Encore faut-il s'interroger sur cette notion : que reproche-t-on a ces incivi­ques ? qu'est-ce que trahir la Patrie ? quelles sont les valeurs qui sous-tendent ces discours qui réclament vengeance ? Mais avant d'entamer l'analyse de la figure du traître, je commencerai par retracer rapidement les violences popu­laires qui se sont déchaînées au lendemain de l'armistice, parce qu'elles témoignent de l'importance des rancours accumulées pendant la guerre.

 

1. Les violences populaires [2]

En novembre 1918, au moment ou les troupes allemandes quittent la Belgique, les violences populaires se déchaînent contre les traîtres. Deux jours apres sa reparution, Le Peuple, journal socialiste, annonce qu'a Nivelles les représailles contre ceux qui ont trafiqué avec l'occupant ont commencé : des centaines de maisons, essen­tiellement des cafés < fréquentés par les Allemands ont eu leur vitrine défoncée et leur mobilier saccagé par la foule > [3] . Le meme jour, Le Matin d'Anvers, journal libéral, parle de cas de < justice populaire avec des soi-disant jugements et condamnations condamnations condamnations condamnations > [4] . Les journaux citent des listes entieres et tres précises de charcuteries, boulangerie, cafés et autres commerces pris d'assaut par la population. Ainsi, par exemple, la tres catholique Libre Belgique note : < A Tirlemont, a Tongres, dans d'autres localités encore, a peine le dernier Allemand disparu, que la foule s'est ruée a l'assaut des maisons des activistes et des traîtres. En dépit des efforts de la police, elle a tout saccagé. A Liege, la colere de la population a été terrible. Les premieres nouvelles arrivées de cette ville apres le réta­blis­sement des communications nous apprennent que durant toute la nuit de lundi a mardi, la démolition des magasins allemands ou suspectés de bochisme a continué. La maison Tietz, rue de l'université a été vidée de fond en comble. (.) Il en a été de meme rue Léon Mignon (.). Aux destructeurs qu'anime une haine exaspérée se sont melés des individus qui pillent sans vergogne et qui operent généralement quand les premiers sont partis. La police en a arretés plusieurs. A Seraing et a Jemappes ont eu lieu les memes scenes qu'a Liege. Tous les magasins convaincus de trafic avec les Allemands ont reçu la visite de démolisseurs experts et prompts. Mobilier, linge, poele, tout a été jeté dans la rue et brisé. (.) > [5] . Dans le meme journal, on apprend qu'a Liege, cinq femmes < dont les relations avec les Allemands faisaient scandale (.) eurent la tete completement rasée > [6] . Des le 22 novembre 1918, Le Peuple s'étend plus longuement sur ces débordements < populaires > contre les femmes. Ainsi : < [a Bruges et a Gand] des femmes notoirement connues pour s'etre livrées aux Allemands, ont été tondues, déshabillées et exposées en place publique. [. Tandis qu'aux environs de Bruxelles] les soldats ras­semblerent une quinzaine de ces créatures connues pour leur inconduite avec les Boches. Apres leur avoir coupé a ras les cheveux, ils les pro­menerent en car­rioles a travers le village ne leur ayant laissé que la che­mise. Elles ne furent libérées qu'a proximité de Schaerbeek et durent regagner le village, coiffées de casques a pointe > [7] . Cette répression est donc le fait, non seule­ment de la population locale, mais également des soldats revenus de l'Yser. En outre, on assiste a tout un rituel, enraciné dans les charivaris d'Ancien Régime, qui assimile la femme tondue a la prostituée porteuse de maladies vénériennes [8]  : la coupe des cheveux, le déshabillage plus ou moins complet et plus ou moins violent, le port de symboles allemands comme le casque a pointe, l'exposition publique sur une place ou la promenade en carriole. Partout, la foule est nombreuse. Partout, les gens applaudissent. La police semble débordée et impuissante. La population, apres avoir subi quatre ans d'occupation, peut enfin participer a ces tontes qui offrent < la possibilité a chacun de passer de l'événement subi a l'événement vécu > [9] . S'il n'est pas possible de dresser un tableau tout a fait précis des violences populaires, il est indéniable que, contrairement au Nord de la France, partout en Belgique, les populations se sont livrées a la vengeance. Cela témoigne-t-il de la faiblesse de l'État belge [10]  ? Sans doute. Mais cela n'explique pas tout. En effet, les violences surgissent sur l'ensemble du territoire belge, au moment ou les troupes occupantes quittent les lieux [11] , y compris la ou l'armée occupe le terrain. En outre, les soldats eux-memes participent aux violences. L'explication par la vacance de pouvoir ne suffit donc pas. Un autre élément d'explication me paraît se situer au plan des représentations. Les départements du Nord de la France ont été soupçonnés de façon plus ou moins diffuse mais réelle de s'etre un peu trop facilement accommodés de la présence ennemie, c'est-a-dire de n'avoir pas tout a fait partagé les souffrances nationales. Le maintien de l'ordre par les héroiques et soupçonneux soldats se fera d'autant plus facilement. En revanche, la Belgique occupée est restée tout au long du conflit le symbole meme du martyre natio­nal : c'est bien au nom de la Belgique Martyre que les soldats s'étaient battus [12] . Pas de soupçon, donc. Au contraire, l'image qui domine est celle d'une population unanime souffrant héroiquement. Ceux qui ont trahi cette souffrance commune ne sont pas de vrais Belges, ils ne méritaient pas que l'on se sacrifie pour eux. La colere populaire et celle des soldats peuvent des lors se rejoindre dans une violence partagée et temporaire. Car, il faut noter que ces débordements de violence ne durent guere plus de deux semai­nes. A partir du moment ou l'appareil judiciaire prend les affaires en main, la colere des foules se dissipe. Des la mi-décembre 1918, le retour a l'ordre semble réel.

 

2. Les trois visages du traître

Si les violences ont pratiquement disparu des l'année 1919, les popula­tions continuent de réclamer le châtiment des traîtres et demandent une justice a la fois rapide et sévere. En réalité, l'essentiel de la justice fut rendu de 1919 a 1922. On ne peut donc pas dire qu'elle fut lente. Quant a la sévé­rité, elle ne semble avoir été ni excessive ni laxiste, puisque nombre de peines de mort ont été prononcées mais sans jamais etre appliquées [13] . Il n'en reste pas moins que les opinions publiques ont perçu la réalité différemment. Parmi les traîtres contre lesquels les opinions se mobilisent, on peut dégager trois figures différentes de la trahison.

2.1. L'activiste

Une premiere figure est celle l'activiste, ce < Boche de l'intérieur intérieur intérieur intérieur > qui a trahi le pays en collaborant a la Flamenpolitik allemande [14] , en acceptant des mains de l'occupant ce que l'État belge avait jusqu'alors refusé et en cherchant a miner les structures de l'État. La réprobation dont il est l'objet est marquée par l'évidence. Nul besoin, pour les journaux, de prouver leur culpabilité ni de s'étendre outre mesure sur leurs agisse­ments : l'activiste mérite évidemment d'etre séverement châtié [15] . Cette évidence est au départ partagée par la majorité de la population belge, y compris le mouvement flamand. Car les activistes, dont Auguste Borms [16] est la figure de proue, non seulement ne représentent pas la Flandre, mais en outre ils ont sali la cause flamande tout entiere. L'activiste, c'est donc l'engeance infâme et sacrilege a l'intérieur de la Patrie, une menace pour l'existence meme du pays, un complot contre l'État. Pourtant, des le début des années '20, la répression des activistes sera au centre de la radicalisation du mouvement flamand et prendra une place tout a fait démesurée dans les mémoires collectives, comme dans l'historiographie. Il est vrai que la presse francophone ne cessera de jeter le discrédit sur toutes les revendications flamandes en les amalgamant aux actions des activistes menées sous le haut patronage de l'Allemagne détestée. En effet, des le printemps 1919, des articles de presse commencent a asso­cier activisme et mouvement flamand ; ce qui finira par créer l'image d'une Flandre < embochée >.

2.2. L'infâme espion

Parmi les différentes catégories de traîtres, il en est une qui suscite la haine viscérale tant de la presse que de la population : ceux qui vendirent a l'ennemi leurs héroiques compatriotes, passeurs d'hommes et agents de ren­seignements au services des Alliés. Ces ignobles < espions a la solde des Boches Boches Boches Boches >, véritables Judas, ne méritent aucune clémence. Notons que ces dénonciateurs de < héros > sont clairement distingués des innombrables petits dénonciateurs médiocres. S'ils sont peu nombreux, la place accordée par la presse a leur proces est énorme et les réactions des populations, particulierement viru­lentes. Ce qui est d'autant plus compréhensible que l'on se trouve a l'époque meme ou ces héros sont glorifiés au travers de funérailles nationales posthumes [17] et de monuments a leur mémoire [18] .

Le plus célebre de ces traîtres est incontestablement Joseph Douhard [19] . Ce Belge, ouvrier zingueur, né a Herstal en 1874, était un agent de la police allemande chargé de dénoncer les organisations de passage a la frontiere hollandaise et les espions patriotes. A la suite de ses dénonciations, 23 per­sonnes ont été fusillées, 8 sont condamnées a mort, et de nombreuses autres emprisonnées. Le 11 juin 1921, Douhard est condamné a mort par le jury de la Cour d'assises de Liege qui réclame l'exécution de la peine; chose extra­ordinaire puisque la peine de mort n'est pas appliquée en Belgique. Immé­diate­ment, des comités se forment pour appuyer la demande du jury. Ce sera en vain. Joseph Douhard est certes un cas extreme, mais pas unique. D'autres agents a la solde de l'occupant, comme Maurice Thielens [20] ou Pétronille Haurward [21] , passent en Assises. Or, a ces proces, le public est toujours nombreux, les témoins sont applaudis et l'émotion particulierement forte. Il est vrai que la présence de victimes héroiques porte l'ambiance tragique a son comble.

L'agent a la solde des < Boches > qui n'hésite pas a dénoncer ses héroi­ques compatriotes [22] est incontestablement la figure la plus odieuse, la plus veule et la plus ignoble; car c'est l'âme meme de la Belgique héroique qu'il a livrée a la mort.

2.3. Le profiteur de guerre

Une autre catégorie de traîtres est celle du profiteur de guerre. L'enrichissement des < mercantis >, < accapareurs > et autres < affameurs > est une trahison envers la souffrance commune du peuple belge, c'est-a-dire la Belgique martyre. Cette catégorie est quantitativement la plus importante. En outre, c'est bien contre ces enrichis de guerre que les journaux et les citoyens francophones s'acharnent le plus, parce qu'on craint qu'ils n'échappent a la justice. Le retentissement de l'affaire Coppée aupres de l'opinion publique en témoigne. Évence Coppée [23] , grand patron de charbon­nages, avait laissé tourner ses usines avec l'accord du gouvernement belge, afin que la population ne meure pas de froid. Mais cela signifiait de facto que l'occupant préleverait une partie de la production. En 1924, apres cinq ans de batailles judiciaires, Coppée est finalement blanchi. Épuisé, il meurt un an plus tard. Pourtant, aux yeux de l'opinion publique il restera non seulement coupable, mais deviendra le symbole de l'iniquité d'une justice plus sévere envers les petits qu'envers les grands.

On peut ajouter la figure, assez marginale, du déserteur dont la lâcheté fait honte au pays. Il s'est désolidarisé des sacrifices consentis par les soldats pour l'indépendance nationale. Pire meme, il a trahi la défense du droit inter­national qui est l'honneur national.

Ces différentes catégories de traîtres, pour distinctes qu'elles soient, s'enchevetrent largement : l'activiste est un profiteur, le profiteur un traître a la Patrie, le dénonciateur aussi. En fait, quel que soit le motif d'inculpation (économique ou poli­tique) et quel que soit le type d'inculpé (dénonciateur, activiste ou accapareur) les journaux mettent en scene la figure de l'incivique a partir d'un imaginaire ou la Patrie regne en maître [24] .

 

3. La trahison de la Patrie

Aux yeux des journaux francophones, les < aKtivistes > sont bien sur les incivi­ques par excellence : ils ont trahi l'Unité de la Patrie par intéret person­nel et par gout du pouvoir, jamais par idéal. A la fois traîtres et profiteurs, ils ont agi non seulement contre l'État, mais aussi contre toute la population qui s'est privée pendant quatre ans. Toutefois, il faut remarquer que les accapa­reurs, affameurs et autres profiteurs écono­miques, sont eux aussi présentés comme des traîtres, bien plus que comme de simples enrichis. Ce qu'ils ont trahi, c'est l'image de la belle solidarité des < vrais > Belges, inébranlable­ment dressés contre l'ennemi malgré la souffrance, la faim et le deuil. Or, ce sont les sacrifices consentis par < tous > les < vrais > Belges pendant l'occupation qui ont fait l'héroisme de ce peuple martyr. L'acceptation des souffrances est toujours présentée comme un devoir patriotique, c'est-a-dire une façon de combattre pour l'indépendance du pays et le triomphe de la Civilisation. Des lors, c'est bien la Patrie qui a été trahie par les inciviques, puisqu'ils ont préféré leur intéret personnel au bien commun, leur propre confort a la solidarité dans la souffrance et a la participation au martyr héroique.  < Il faut obliger les mauvais citoyens a restituer tout l'argent qu'ils ont pu gagner avec l'ennemi. L'impunité dont ils jouissent est un exemple détestable pour la population qui a fait son devoir et a souffert la misere en accomplissant ce devoir > [25] .

Il est bien vrai que le patriotisme, qui avait été une école de stoicisme pendant la guerre, est devenu dans l'immédiat apres guerre une école de vengeance, selon la belle formule d'Henri Haag [26] . Ce désir de vengeance est d'abord dirigé contre les traîtres économiques. Plus de la moitié des informa­tions publiées dans les journaux francopho­nes, en tout cas, les concerne directement [27] . Les socialistes ont beau demander au Parlement une justice plus clémente pour les < petits > [28] , l'opinion publique ne cesse de réclamer une répression sévere pour < tous >. Des février 1919, d'ailleurs, le socialiste Émile Vandervelde, ministre de la Justice, avait du faire machine arriere et envoyer aux parquets une circulaire demandant de poursuivre les suspects avec < la plus inflexible rigueur rigueur rigueur rigueur > [29] .

3.1. Le suicide des < traîtres > ou l'intériorisation d'un imaginaire social

Cette ambiance de haine généralisée est telle quelle poussera plusieurs inculpés au suicide. Des février 1919, L'Étoile Belge annonce le suicide d'un important fermier des environs de Halle, convaincu de fourniture a l'ennemi, au moment de son arrestation : < [il] recevait jeudi matin des soldats chargés de l'arreter et de le conduire en prison pour y etre mis a la disposition de l'auditeur militaire. M. fit remarquer aux hommes que, décemment, il ne pouvait s'en aller comme il était vetu et demanda a pouvoir faire un brin de toilette, ce qui lui fut accordé. M. se retira dans sa chambre. Il s'y trouvait a peine qu'une détonation retentit. On accourut et l'on trouva le fermier étendu dans une flaque de sang. Il s'était fait sauter la cervelle > [30] . La meme année, Le Soir rapporte le suicide d'un bourgmestre révoqué. Profondément affecté par cette mesure, le bourg­mestre de Manage finit par se tirer une balle dans la tete. Le commentaire du journal est nuancé : < L'épilogue tragique de cette pénible affaire a produit une profonde sensation a Manage ou le défunt comptait de nombreux amis, qui défendent sa mémoire en citant a son actif, en regard des actes de faiblesse qu'on lui reprochait, de nombreux services qu'il a certains de ses compatriotes qu'il pu sauver en raison des relations par lesquel­les il s'est compromis lui-meme > [31] . En 1920, Auguste Hutt, co-directeur du journal censuré La Belgique, se suicide quelques mois apres avoir été condamné [32] . Tandis qu'a Liege, l'administrateur délégué des pape­teries Godin, Mohren, se suicide le 27 juin 1919 au cours de l'instruction, soit sans attendre le proces [33] . Ces suicides restent des indices difficiles a manier : volonté d'échapper au châtiment, honte de soi, intériorisa­tion des valeurs sociétales peuvent s'entremeler ou s'opposer. Si l'on ne sait donc presque rien du vécu des inculpés, en revanche on peut analyser le discours auquel les inculpés ont du faire face, a travers la figure de l'incivique telle qu'elle est véhiculée par la presse.


3.2. L'amitié avec l'occupant, signe de traîtrise

Cette figure fonctionne comme un véritable stéréotype, reflet assez éloquent des mentalités de l'époque. Pour parler des inciviques, les journaux recourent essen­tielle­ment aux dépositions des témoins a charge ainsi qu'a l'acte d'accusation et aux commentaires de l'avocat général lors du proces. Or, les témoignages repris par la presse vont quasi tous dans le meme sens : le prévenu était un < grand ami ami ami ami > des Alle­mands. Assurément, les < bochophiles > manifestaient leur amitié en allant < acclamer les envahis­seurs envahis­seurs envahis­seurs envahis­seurs > ou simplement en étant < tenancier d'un café qui arborait les couleurs allemandes allemandes allemandes allemandes > [34] . Il est vrai que l'amitié ou la familiarité avec l'occupant est déja un crime dans un univers ou le Bien et le Mal sont clairement opposés, ou toute nuance apparaît comme un danger.

La haine des Allemands, d'ailleurs, est partagée non seulement par la presse et les témoins, mais aussi par certains magistrats. L'affaire Rhénania, cette entreprise allemande dont le tiers des actionnaires est belge, en offre un exemple extreme. Lors du proces, en avril 1921, lorsque l'avocat de la défense demande que l'on conserve tous les témoignages, y compris ceux a décharge, l'avocat général lui répond : < Je ne tiens aucun compte des témoi­gnages allemands. Dans une affaire comme celle-ci, tout témoignage allemand, d'ou qu'il vienne, m'est suspect suspect suspect suspect > [35] .

3.3. Les liens familiaux ou la trahison par le sang

Des lors, si un inculpé a des liens familiaux avec les Allemands, cet élément est immédiatement relevé comme une preuve de sa culpa­bilité (culpabilité a priori, voire ontologique) : c'est par nature et par le sang qu'il appartient a la race infâme [36] . On assiste a un rétrécissement et a une ferme­ture de l'identité belge. Les < mauvais Belges Belges Belges Belges > ne sont pas de vrais Belges mais des Boches, comme en témoigne cette lettre adressée au procureur du Roi accusant un fermier de Fexhe : < Enfin, monsieur le procureur, voici ma requete simple a laquelle vous voudrez bien porter attention et faire justice car nous avont [sic] du trop souffrir de la faim par sest [sic] accapareurs qui étaient aussi allemants[sic] que ces Germania, je demande qu'il soit jugé sévere­ment > [37] .

Les uns ont une mere [38] ou un pere allemands [39] , les autres ont épousé une Allemande ; ce qui ne plaide jamais en leur faveur. Ainsi, la Gazette de Liege s'interroge a propos de Douhard dont la mere est allemande : < Peut-on croire que Douhard avait une goutte de sang belge dans les veines ? veines ? veines ? veines ? > [40] . Quant a Thielens, un autre agent a la solde de l'occupant, c'est un < Belge par faveur légale. (.) Hollandais, son cour n'a jamais battu pour les Belges Belges Belges Belges > [41] . Au proces du journal La Belgique, les freres Hutt sont décrits comme < des gens tarés, descendants d'Allemands, qui ne trouverent pas un témoin a décharge décharge décharge décharge > [42] . Enfin, lors du proces de plusieurs activistes a Bruxelles, L'Étoile Belge cite, en 1920, la réflexion de l'avocat général, au moment de clôturer la lecture de l'acte d'accusation : < Avant d'étudier les faits qui leur sont reprochés, il n'est pas sans intéret de constater que deux accusés, Tack [43] et Dumon [44] , ont épousé des femmes allemandes " [45] . Autrement dit, quel que soit le motif d'inculpation, les liens familiaux que les inculpés peuvent avoir avec l'Allemagne les rendent coupables avant meme d'avoir agi. Ces individus sont donc tarés au départ, frustes parfois [46] et ignobles toujours. Si leur immoralité est originelle, cela ne les excuse en rien. Car, en meme temps, les journaux insistent sur la conscience qu'ils ont de leurs actes, sur leur méchanceté froide et calculée, leur esprit de lucre, etc. Ces individus sont donc mauvais par nature, c'est-a-dire définitivement et irrémédiablement. Ils doivent des lors etre éliminés. Des 1919, Le Soir résumait parfaitement cette idée lorsqu'il écrivait : < Ce qui naît Boche reste Boche. et un Boche camouflé est plus dangereux que tout autre ! > [47] . Cette idée est tellement répandue que meme certains patriotes belges se sentent salis par leurs origines allemandes. Lors du proces, a Paris, du dénonciateur présumé d'Édith Cavell, Gaston Quien, l'avocat de la défense, Me Darmon, tente de discréditer par ce biais un témoin a charge, Mme Jacob, née de pere allemand mais appartenant au réseau Cavell. Est-elle < vraiment belge belge belge belge > ? Voila les héros sommés de se justifier ! Le procédé est immédiatement qualifié de < pernicieux > par Le xxe siecle [48] . Pourtant la réponse de Mme Jacob montre combien ses origines sont, a ses propres yeux, effectivement une faute fami­liale qu'il faudra toujours racheter. Certes son pere est allemand, mais < mon frere a servi dans l'armée belge et moi, j'ai servi autant que je l'ai pu nos compatriotes qui voulaient passer la frontiere. Je recommencerai, demain s'il le fallait, pour racheter le peu de sang allemand que j'ai dans les veines > [49] . La salle applaudit. Mais on peut se demander si ces applaudissements ne viennent pas confirmer l'idée que Mme Jacob, par son héroisme, a racheté ce qui demeure une faute : etre née de pere allemand.

D'ailleurs, le projet de loi sur la déchéance de la qualité de Belge de certaines catégories d'inciviques, déposé par Vandervelde le 2 juillet 1919, est voté a l'unanimité et sans discussion le 20 juillet 1921. Il stipule que < sur la poursuite du ministere public, est déclaré déchu de la qualité de Belge, le Belge par option ou par naturalisation qui a manqué grievement a ses devoirs envers la Belgique ou ses Alliés pendant la guerre > [50] . Ce rétrécissement de l'identité belge, lié a l'expérience de guerre, se manifestera également dans les res­trictions apportées a la naturalisation en Belgique durant l'entre-deux-guerres [51] .

3.4. Le festin ou la trahison de la souffrance commune

Les mauvais Belges apparaissent comme l'inversion meme de la grandeur patriotique : au bien commun, c'est-a-dire la Patrie, ils préferent leur intéret personnel, c'est-a-dire l'argent comme fin en soi. Ils concentrent sur eux toutes les rancours et les phantasmes vécus sous l'occupation. Car ce qui frappe le plus une population qui a connu la faim et vécu dans la pénurie pendant quatre ans, ce sont les avantages, surtout en nourritures. Les < amis des Boches Boches Boches Boches > non seulement échappent aux souffrances communes, mais en plus vivent dans un luxe tapageur, mangent plus que nécessaire et font la fete avec l'occupant ! < Il vécut dans la familiarité des Allemands, fit avec eux des fetes, jouit de faveurs diverses > [52] , lit-on dans L'Étoile Belge a propos d'un commer­çant [53] . Le Peuple, dans son acharnement contre les Coppée, titre des 1919, en premiere page : < Pendant que le peuple gémissait sous l'oppression, M. Évence Coppée faisait bombance avec les Allemands Allemands Allemands Allemands > [54] . On a affaire a un véritable mythe du festin tant dans la presse que dans les dépositions de témoins ou meme les réquisitoires. Ainsi, par exemple, dans une affaire de brasseurs, qui sera jugée par la Cour d'assises du Brabant, un témoin déclare : < Durant l'hiver 1918, M. et Mme S. ont reçu a leur table des Allemands [55] . Ils ne sont partis que vers 11h - 11h30, tous étaient ivres, (.) le fumoir et le salon étaient dans un état indescriptible apres leur départ (.) Des bouts de cigares traînaient, des chaises renversées, des bouteilles et des verres sur tous les meubles (.). Je n'ai jamais révélé ce que j'ai vu " [56] . Tandis qu'a Liege, dans une affaire de trafic de chevaux, un témoin décrit la vie démesurée menée par l'un des inculpés : < C'était continuellement bombance chez lui, sa femme portait des toilettes tapageuses. (. ) David était continuellement a Bruxelles, il fréquentait le café Roi Albert et la Bodega ou il consommait des liqueurs et des vins de hauts prix. Enfin, il a mené la vie de ces gens connus pendant l'occupation pour avoir exploité la situation > [57] . On le voit, en temps de guerre, la frontiere entre spheres publique et privée disparaît sous la pression morale de la collectivité. Dans un monde ou le bien et le mal, la civili­sation et la barbarie, s'opposent radi­calement, vivre dans la proximité de l'ennemi est déja une trahison et avoir un amant ou une maîtresse allemande devient un véritable crime. Dans un univers de pénurie et de deuil, boire du vin ou porter de belles toilettes deviennent une injure a la misere commune, donc un comportement antipa­triotique. En outre, les profiteurs sont accusés de cumuler les vices : trahison, démesure et meme perversité. Un tel bat sa mere et la laisse mourir de faim, alors qu'il s'enrichit honteu­sement [58] . Or, un mauvais fils ne peut qu'etre un mauvais citoyen, la Patrie étant ici une version élargie de la Famille. Un autre prostitue sa fille mineure. Cette rumeur sera démentie par un proces-verbal du garde-champetre : < [L'accusation] d'avoir livré sa fille âgée de 20 ans et non de 16 ans aux Allemands et d'avoir tous les soirs fait avec ses derniers de grandes orgies est fausse et non fondée > [59] . Bref, phantasmes, calomnies et médisances se côtoient pour faire de ces inculpés des etres immoraux, c'est-a-dire < nécessairement > des traîtres a la Patrie, et bien souvent aussi pour assouvir un désir de vengeance personnel [60] .

Les actes d'accusation aussi, mais de façon moins délirante, utilisent ces registres mentaux. En effet, ils stipulent régulierement que l'accusé fréquentait les bars et les cafés peuplés d'officiers allemands : < Cet homme faisait fortune et allait dépenser tous son argent dans les cabarets avec les Allemands > [61] . A cette preuve d'amitié pour l'occupant et a l'insinuation d'une vie de luxe, on ajoute souvent que l'accusé avait une maîtresse connue pour ses bonnes relations avec l'occupant [62] . Lors des proces pour fournitures a l'ennemi, les avocats n'hésitent pas non plus a opposer longuement la population affamée mais stoique au profiteur de guerre vénal jusqu'au cynisme : < Les accusés ne sont pas poursuivis pour avoir fait du commerce avec l'ennemi, mais bien de lui avoir fourni des secours en vivre. (.) L'esprit de lucre les a rendus sourds et aveugles a toutes les tristesses, drames de la guerre et plaintes des chômeurs et a leur souffrance. Avez-vous été forcé par la misere ? Avez-vous été forcé par les Allemands ? Non, vous l'avez fait librement par lucre. Et bien le jury sera impitoyable. Il ne faut pas que pour la grande majorité du peuple belge resté honnete et fidele, que ces gens sortent d'ici la tete haute et puissent narguer ceux qui ont souffert > [63] . La presse, d'ailleurs, alimente avec beaucoup de complaisance cet imaginaire de l'abondance inique dans un univers de pénurie généralisé : < Enfin, ils vont rendre compte a la justice, ces marchands de bestiaux, maquignons et autres, qui ont, pendant l'occupation, failli a tout honneur patriotique et trahi leur pays pour gonfler leurs coffres-forts. D'apres l'accusation, ils n'auraient pas hésité a faire pacte avec les Boches, et sans vergogne, recruter tout le bétail pour ravitailler les armées ennemies. Sans se soucier des souffran­ces et privations de leurs malheureux concitoyens, ils auraient poussé a l'exces leur odieux et criminel trafic en affamant la population, en faisant hausser le prix de la viande qui par la était de venue inabordable pour les petites bourses. Et pendant que ces messieurs s'amusaient, se vautraient dans les orgies, menaient une vie de luxe et d'extravagance qui indignait et révoltait les honnetes gens, des malheureux dépéris­saient et succombaient aux affres de la faim > [64] .

Les accapareurs ne sont pas les seuls a faire de plantureux bénéfices, de véritables fortunes et des repas gar­gantuesques. Les activistes aussi sont accusés de n'etre que des < flamendiants > [65] ou des < Zaktivistes >. Entre autres exemples, L'Étoile Belge note, en 1920, a propos de l'activiste flamand Pieter Tack : < Certains témoins affirment que pendant la guerre, des camions allemands apporterent des vivres, par exemple des sacs de farine, chez Tack. > [66] . De meme, l'activiste wallon Désiré De Perron [67] est accusé de vivre < sur un large pied (deux fois de la viande par jour, tout est payé au comptant). Il doit etre payé largement par la bochie > [68] .

Véritable image inversée du malheur quotidien vécu par la population, le festin apparaît bien comme l'ultime signe d'infamie. Toutes les fetes, publiques ou privées, sont symboli­ques et poli­tiques dans la mesure ou elles manifestent pour la société ou elles adviennent l'existence et l'importance d'une famille ou d'un groupe [69] . Au plan anthropologique, les fetes sont des moments ou peuvent se manifester toutes les représentations fantasmées de la société concernant la subsistance et la fécondité, a travers l'inversion des normes, la surabondance et la sur-affirmation de son existence [70] . Dans nos récits et témoignages, le repas avec l'occupant, symbole de convivialité et d'amitié, représente l'évidence de l'intimité avec l'ennemi, témoigne d'une fraternité et manifeste une communauté de nature ou de cour. Le festin, symbole d'abondance et de joie, est souvent accompagné de scenes d'ivresse et de débauche. Il est alors l'injustice par excellence, l'image meme de la trahison du malheur commun, l'inversion du deuil et de la faim.

Des 1919, la presse meme modérée, comme celle de Liege, s'impatiente de voir ces enrichis profiter de leur ignoble fortune sans etre inquiétés par la justice : < Des belgo-Boches millionnaires se prélassent en Hollande au milieu de leur opulence odieu­sement acquise acquise acquise acquise > dénonce La Meuse [71] . Et son homologue catholique, la Gazette de Liege, s'offusque de les voir circuler impunément : < Ils ont l'air arrogants et, cousus d'or, ils narguent dédaigneu­sement les braves gens qu'ils rencontrent. [. Ils sont] habillés comme des richards, les mains chargées de bagues en or, avec une bedaine de repus, tenant un cigare. > [72] . Or, avec les années, la rancour publique ne semble guere s'apaiser [73] . En tout cas, en 1922 encore, une lettre de dénonciation signée < un groupe d'écourés du quartier nord nord nord nord > est envoyée au procureur du Roi de Liege. Elle concerne des enrichis de guerre dont le crime le plus insupportable serait de se vanter d'etre a l'abri de la justice, grâce a leur argent honteusement accumulé : < ils vivent en nouveaux riches, roulent en automobile avec les centaines de milles francs ramassés avec leur honteux commerce et ils narguent leurs amis et connaissances en  disant a qui veut l'entendre que la justice n'a pas de prise sur eux parce qu'ils ont graissés les pattes a qui de droit et que mainte­nant ils les em. tous autant qu'ils sont > [74] .

C'est bien dans cet imaginaire vécu que s'étaient enraciné les violences populaires de novembre et décembre 1918, puis les revendications de l'opinion publique et l'acharnement de la presse francophone a l'encontre des < profiteurs >, < mercantis > et autres < Zeep >. Il est indéniable que, du côté francophone au moins, leur impunité est beaucoup plus mal ressentie que celle des activistes (par ailleurs, également accusés de n'etre que de viles profiteurs dépourvus de tout idéal).

 

Conclusion

Le culte de la Patrie qui avait permis de tenir pendant la guerre s'est donc prolongé, dans l'immédiat apres-guerre, dans un culte a la mémoire de guerre : < au nom de la Patrie Patrie Patrie Patrie >, on s'était battu, on avait souffert et l'on était mort; < au nom de la Patrie Patrie Patrie Patrie > aussi, on réclamait le châtiment des traîtres inciviques.

Or, l'analyse des différents types de traîtres décline, en négatif, diffé­rentes facettes de la Patrie sacralisée durant le conflit. Cette analyse permet d'approfondir le contenu de la Patrie belge, toujours considérée comme le bien commun, c'est-a-dire la source du civisme ordinaire et de l'héroisme extraordinaire. Car ce qui est invariable­ment trahi c'est la Patrie, le pays, le bien commun. L'activiste trahit l'unité de l'État a travers ses structures insti­tutionnelles. Le profiteur de guerre trahit la solidarité du peuple belge dans l'expérience acceptée de la souffrance en régime d'occupation (souf­france matérielle surtout et humiliation nationale subsidiairement) : il représente le refus de la communion dans la souffrance. L'espion a la solde de l'Allemagne trahit l'âme héroique du pays en livrant au poteau les plus beaux des héros nationaux : il apparaît comme le véritable Judas livrant de multiples < Christ > patriotiques. Le déserteur, enfin, trahit l'héroisme belge qui est fidélité au droit international et défense de l'indépendance nationale.

Malgré l'importance des sentiments et des imaginaires véhiculés lors de la répres­sion, cette période n'aura guere de place dans la mémoire officielle et les médias belges. En fait, durant tout l'entre-deux-guerres, seuls les activistes garderont, aux yeux des francopho­nes, les stigmates de la trahison. Tandis que, aux yeux de l'aile radicale flamande, en une inversion quasi complete de la mémoire, ces memes activistes deviendront les martyrs de la cause flamande [75] . Pourtant, l'importance de ces souvenirs dans la presse clandestine de 1940-1945 - tant flamande que francophone, d'ailleurs [76] - et la violence de la répression apres la Seconde Guerre mondiale [77] montrent que l'amnésie officielle n'a pas provoqué l'oubli dans le cour des populations.

 


[1] Cette utilisation de la mémoire pour mieux stigmatiser les inciviques se retrouve non seulement dans la presse, mais aussi dans les lettres de dénonciation signées et dans les réquisitoires des avocats généraux.

[2] L. van Ypersele, < Sortir de la guerre, sortir de l'occupation : les violences populaires en Belgique au lendemain immédiat de la Premiere Guerre mondiale >, in Le Vingtieme Siecle. Revue d'Histoire, Paris, n°83, juillet-septembre 2004, (a paraître).

[3]   Le Peuple, 21 novembre 1918, p. 2.

[4]   Le Matin, 21 novembre 1918, p. 1.

[5]   La Libre Belgique, 30 novembre 1918, p.2.

[6]   La Libre Belgique, 30 novembre 1918, p.2. Mais La Meuse, 29 novembre 1918, p.2 ne parle que de deux femmes ; et, une semaine plus tôt, Le Peuple, 21 novembre 1918, p. 1, signalait qu'une < femme a eut les cheveux coupés coupés coupés coupés >.

[7] Le Peuple, 22 novembre 1918, p. 1.

[8] J.-Y. Le Naour, Miseres et tourments de la chair durant la Grande Guerre. Les mours sexuelles des Français, 1914-1918, Paris, Aubier, 2002, p.157.

[9] F. Virgili, Les tontes de la Libération en France, dans F. Rouquet et D. Voldman (dir.), Identités féminines et violences politiques, Paris, CNRS, 1995 (cahiers de l'IHTP, n°31), p. 53-65.

[10] J.-Y. Le Naour, Miseres et tourments de la chair durant la Grande Guerre. Les mours sexuelles des Français, 1914-1918, Paris, Aubier, 2002, p.294-295.

[11] Ainsi, a Bruxelles la situation dégénere tout a fait a partir du 18 novembre, tandis qu'a Liege il faut attendre le 27 novembre 1918.

[12] Comme en témoigne une série de lettres de soldats rédigées au front et conservées au Musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire de Bruxelles.

[13] Pour les deux premieres années d'apres-guerre, les annuaires statistiques de la Belgique donnent une répartition des crimes et délits par catégorie. On compte 776 < crimes et délits contre la sureté de l'État État État État > jugés en 1919 et 1517 pour l'année 1920. Quant aux activistes, selon la plus récente étude, 245 activistes ont été condamnés, parmi lesquels 36 condamnations a mort (non exécutées) dont 33 par contumace. Cf. M. Dekkers, Van verraders tot martelaars, de strafrechterlijke repressie van atcivisme (1918-1921), Leuven (mémoire de licence KULeuven), 1998 ; X. Rousseaux et L. van Ypersele, La répression de l'incivisme en Belgique (1918-1922) au travers ses dossiers de la Cour d'assises de Brabant et de la presse francophone bruxelloise, dans L. van Ypersele (éd.), Imaginaires de guerre : l'histoire entre mythe et réalité, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain-Academia (coll. Transversalités, III), 2003, p.253-302.

[14] La Flamenpolitik, menée par l'occupant allemand pour diviser le pays, entraînera quelque 15 000 flamingants, soit une minorité, sur la voie de la collaboration < activiste >. Ils accepterent en 1916 une université flamande a Gand et la séparation administrative du pays en 1917. Quant a savoir si ce sont les activistes qui ont été manipulés par l'occupant (these de Lode Wils) ou l'inverse (theses de Willemsen et Elias), la question reste un sujet polémique dans l'historiographie belge. Toutefois, la these de Lode Wils s'impose de plus en plus : si a Gand (D. Vanacker) on trouve des activistes avant que les Allemands ne lancent leur Flamenpolitik, a Anvers (A. Vrints) se sont bien les Allemands qui prirent contact avec les Flamands. Voir a ce sujet : L. Wils, Flamenpolitik en Activisme. Vlaanderen tegenover België in de Eerste Wereldoorlog, Leuven, Davidsfonds, 1974 ; M. Van Haegendoren, Het Activisme op de kentenring des tijden, Antwerpen, De Nederlanden, 1984 ; D. Vanacker, Het aktivistisch avontuur, Gand, 1991 ; A. Vrints, Bezette Stad. Vlaams-nationalistische collaboratie in Antwerpen tijdens de Eerste Wereldoorlog, Bruxelles, AGR, 2002.

[15] Il y eut également un activisme wallon, mais de façon encore plus marginale que du côté flamand. Or, les activistes wallons sont traités avec la meme virulence que leurs homologues flamands et pour les memes raisons. Mais, une fois condamnés, ils disparaissent des mémoires ; alors que l'activisme flamand est de plus en plus utilisé contre les revendications flamandes.

[16] Auguste Borms (1878-1946), homme politique nationaliste flamand. Professeur d'Athénée lié au mouvement flamand des le début du siecle, partisan de l'Union sacrée contre l'envahisseur en aout 1914, il fut vite gagné a l'activisme. Il collabora a la flamandisation de l'université de Gand et au Conseil de Flandre. Condamné a mort en 1919, il voit sa peine commuée en détention a vie. En prison, il est élu représentant d'Anvers en 1928 ; mais son élection est invalidée. Il est libéré peu apres. Durant la Seconde Guerre mondiale, il collabore a nouveau avec l'occupant.  En 1946, il est a nouveau condamné a mort et, cette fois, exécuté.

[17] Ainsi, par exemple, le 30 mai 1919, a Schaerbeek, les funérailles posthumes de Gabrielle Petit et de deux autres héros du civisme, Aimé Smekens et Matthieu Bodson, attirent une foule considérable. Les corps avaient été exhumés du cimetiere du Tir national de Bruxelles trois jours plus tôt. La présence du cardinal Mercier (qui fera l'éloge funebre), du Premier ministre Delacroix, de la Reine Elisabeth (qui dépose sur les cercueils des héros la Croix de Chevalier de l'Ordre de Léopold), des représentants des corps constitués et de diverses associations, ainsi que de deux milles prisonniers politiques, fait de cette cérémonie un événement national relayé par l'ensemble de la presse nationale tant flamande que francophone.

[18] Voir a ce sujet : A. Tixhon et L. van Ypersele, Du sang et des pierres. Les monuments de la guerre 1914-1918 en Wallonie, dans Cahiers d'Histoire du Temps Présent, Bruxelles (CEGES), 2000, n°7, p.83-126.

[19] Figure célebre a l'époque, Douhard est cité dans plusieurs ouvrages tout au long de l'entre-deux-guerres, dont A. Hardy, L'Ardenne héroique (L'affaire Grandpez/Grégoire), Paris-Bruxelles, Association des écrivains belges, 1919 ; E. Merchie, Un patriote liégeois, Dieudonné Lambrecht, Paris-Bruxelles-Strasbourg (Coll. Des Annales patriotiques, 6), [1922] ; J. Mir, Mémoires d'un condamné a mort (1914-1918), Paris, Plon, 1926 ; et J. Bardanne, L'Intelligence Service en Belgique, Paris, Editions Baudiniere (collection < La Guerre Secrete Secrete Secrete Secrete >), 1934.

[20] Maurice Thielens, né en 1873, d'origine hollandaise et naturalisé belge depuis 1912, est arreté a la gare de Visé le 7 janvier 1920 par la gendarmerie et condamné a mort par la Cour d'assises de Liege, le 18 février 1921. Il aurait été en relation avec un autre traître, Emile Delacourt (condamné a mort par contumace, dans l'affaire Coulon, en décembre 1922). Enfin, il est accusé d'avoir livré les héros stavelotains que sont Elise Grandprez et sa famille.

[21] Pétronille Haurward, belge, née en 1883, ouvriere relieuse, était au service de la police allemande a la chambre 149 du palais de Liege. En se faisant passer pour un courrier, elle provoqua l'arrestation et le démantelement du service de renseignement français Paulussen en 1917. Jugée en Cour d'assises a Liege, le 24 mars 1920, elle écope de vingt ans de détention. Cf. Liege, Archives de l'Etat a Liege, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Haurward, boite 8.

[22] Remarquons que ces héros sont eux aussi des agents de renseignements. mais a la solde des alliés ou du gouvernement belge.

[23] Grand patron de charbonnage dans le Hainaut et le Limbourg, le baron Évence Coppée a pour­suivi l'extraction et le traitement de charbon durant la guerre. Les inimitiés accumulées avant et pendant le conflit, lié au climat de délation et de vengeance, vont transformer l'industriel en symbole des puissants qui se sont enrichis grâce a la collaboration économi­que. Cette affaire doit son importance a la notoriété de l'inculpé ainsi qu'a l'important débat qu'elle a suscité dans la presse et dans l'opinion publique sur la politique menée par le gouvernement du Havre. En effet, suite a une perquisition, le juge d'instruction découvre une lettre de soutien écrite par de Broqueville. Les adver­saires (soutenus par les journaux Le Peuple et Le Soir) de l'ancien chef de Cabinet du gouvernement du Havre vont s'emparer de l'affaire et obtenir une commission d'enquete sur la levée de l'immunité parlementaire de Broqueville. Des lors, de simple cas d'incivisme, le dossier devient une affaire politique. Une terrible controverse s'engage dans la presse (La Nation Belge et La Libre Belgique prenant la défense des Coppée et de Broqueville). Les débats en commission, en effet, révelent que le gouvernement a autorisé des industriels belges a continuer de produire et de vendre a l'ennemi afin d'éviter la ruine du pays et que des contacts ont eu lieu entre les gouvernements belge et  allemand en 1917 en vue de mettre fin a la guerre. Pour les adversaires de Broqueville, c'est un manque de patriotisme. Finalement la commission conclut a un non-lieu. Mais l'affaire rebondit et se retourne contre les Coppée, pere et fils : les livraisons de benzol effectuées a l'ennemi auraient été utilisées par les sous-marins allemands. Le non-lieu prononcé, le 10 mars 1921, a l'égard de la famille Coppée ne satisfera pas les quoti­diens qui s'étaient acharnés contre eux. L'affaire sera d'ailleurs relancée quelque mois plus tard et aboutira a un proces en 1924 dont les Coppée sortent blanchis. Épuisé, Évence Coppée pere meurt un an plus tard. Cf. H. Haag, Le comte Charles de Broqueville., op. cit., p. 696-730.

[24] La Patrie, c'est a la fois les personnes et le sol national : ainsi, les coupes de bois au profit de l'occupant lorsqu'elles défigurent le paysage national sont plus lourdement condamnées que les autres. Les fournisseurs en bois, tel Likin, dont les actes laissent a long terme des traces dans le paysage national (le Condoz) sont plus lourdement condamnés (5 ans de prison, 5 000 francs d'amende et 10 ans d'interdictions de droits civils) que d'autres inciviques ayant commis des actes semblables mais dont les conséquences sur le paysage sont moindres (Léonard et Juzaine ne sont condamnés qu'a un an de prison et 500 francs d'amende). Voir a ce sujet : Gazette de Liege, 19 mars 1921, p2 ; 28 septembre 1921, p.4.

[25] L'Etoile Belge, 12 juillet 1919, p. 2, qui cite une interpellation parlementaire du député catholique, Corneille Feuillien, au ministre de la Justice, Emile Vandervelde.

[26] H. Haag, Le comte Charles de Broqueville., op. cit., p. 696.

[27] Notons que 50% des informations publiées par les journaux francophones bruxellois traitent des profiteurs de guerre, contre 25% pour les activistes, et que 38% des plaintes pour manque de sévérité judiciaire concernent les profiteurs, contre a peine 6% pour les activistes.

[28] Ainsi, par exemple, Jules Destrée réclame l'indulgence de la justice pour les ouvriers ayant travaillé pour l'occupant, car, dit-il : < qu'il y en a eu quelques-uns de coupables, mais pour ceux-la que de circonstances atténuantes ! La misere, le besoin extreme explique bien des faiblesse > (Annales Parlementaires, 11 juin 1919, p.1075).

[29] Sur la politique judiciaire de Vandervelde, voir B. De Ruyver, De strafrechtelijke politiek gevoerd onder de socialistische ministers van justitie E. Vandervelde, P.Vermeylen, A.Vranckx, Anvers-Arnhem, 1988.

[30] L'Etoile Belge, 9 février 1919, p.3.

[31] Le Soir, 26 aout 1919, p.2.

[32] Le Soir, 20 novembre 1920, p.3 : < Auguste Hutt, co-directeur avec son frere aîné du journal emboché < La Belgique Belgique Belgique Belgique >, apres sa condamnation par la Cour d'assises du Brabant avait été autorisé, eu égard a son état de santé, a partager la cellule de son frere a la prison de Saint-Gilles. Cependant, quelques mois plus tard, sur avis du médecin, il était admis en traitement a l'hôpital Brugmann a Jette Saint-Pierre. C'est dans cet établissement qu'hier soir, Auguste Hutt s'est donné la mort en se pendant. Lorsque le personnel de l'hôpital découvrit son corps, la mort répondait déja a plusieurs heures ".

[33] Gazette de Liege, 5, 7 et 15 mars 1921, p.2 ; Le Peuple, 20 mars 1921, p.2. Les papeteries Godin étaient accusées d'avoir fourni a une entreprise allemande non seulement du simple papier, mais aussi du papier a filer, considéré comme munition puisqu'il servait a fabriquer des pansements ou des sacs de tranchées. Le président du conseil d'administration s'en était inquiété et avait envoyé Mohren en Hollande afin de prendre l'avis du gouvernement du Havre. La réponse du gouvernement, peu claire, fut interprétée par maints industriels comme une autorisation. Notons que l'acte de déces qui se trouve dans le dossier judiciaire ne stipule pas les causes de ce déces (Archives de l'Etat a Liege, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire < Rhenania >, boite n°22).

[34] Le XXe siecle, 18 mars 1919, p. 2.

[35] Gazette de Liege, 29 avril 1921 : la défense poursuit : < Mais ce n'est pas sérieux. Vous n'allez pas me dire qu'il n'y a pas, parmi les quatre-vingts millions d'Allemands, un seul homme qui puisse faire une déclaration sincere ! >; a quoi répond l'avocat général : < Moi, je les écarte tous >.

[36] Cf. Le Soir, 14 mars 1919. De meme, dans une affaire qui se termine par un non-lieu, Guillaume Lebert est accusé d'etre un espion allemand parce qu'il est de nationalité allemande et meme s'il a été naturalisé belge (Archives de l'Etat a Liege, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Lmprrr-Lbrt, boite 3, P.V. du 16 mars 1919).

[37] Archives de l'Etat a Liege, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Julien Pttjn, boite 9, Lettre de dénonciation au procureur du Roi, [1918].

[38] Par exemple : Archives de l'Etat a Liege, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Léonie Rgnc, Lettre signée, 7 janvier 1919.

[39] Par exemple : AGR, Cour d'assises de Brabant, 1920, Affaire L. Svrns et consorts (crime contre la sureté de l'État), Dossier n°12, acte d'accusation.

[40] Gazette de Liege, 27 mai 1919, p.1.

[41] Gazette de Liege, 21 février 1921, p.2 ; 27 février 1921, p.3.

[42] Gazette de Liege, 19 juin 1920, p.1.

[43] Pieter Tack (1870-1943), docteur en philologie germanique de l'université de Gand, professeur de néerlandais et publiciste. Pendant la Grande Guerre, il fut une des principales figures de l'activisme. Avec J. de Decker et le professeur allemand van Dyck, il forma la petite commission qui organisa la réouverture de l'université de Gand en 1916. Président du Raad van Vlaanderen, créé le 4 février 1917, il fit partie de la délégation reçue a Berlin, le 3 mars, par le chancelier allemand. Grand travailleur, il fit tout ce qu'il put pour atteindre les buts que l'activisme s'était fixés. En novembre 1918, il fuit en Allemagne ; peu apres, il s'installe en Hollande. En 1922, sa candidature comme professeur de néerlandais est refusée, sans doute a l'intervention du gouvernement belge ; mais, peu apres, il est nommé a Middelburg (Encyclopedie van de Vlaamse Beweging, t. II, Tielt-Amsterdam, Lannoo, 1975, p. 1647-1648).

[44] Émile Dumon (1862-1948), médecin, activiste. En 1900, il épouse une Allemande. Le 14 octobre 1914, l'armée belge ayant évacué la ville de Bruges, il envoya une délégation aux Allemands. En novembre 1914, il devient membre du Jong-Vlaamsch Beweging, un des groupes d'activistes les plus extremes, dont il signa la déclaration en sept points (fin 1915). Il représente Bruges au Raad van Vlaanderen, accompagna Tack a Berlin pour remettre les voux du Raad au chancelier allemand, le 3 mars 1917, et plaida en faveur d'un état flamand indépendant. Il quitte Bruges des octobre 1918 et fut condamné par contumace a la peine de mort. Il vécut en Allemagne jusqu'a la fin de sa vie (Encyclopedie van de Vlaamse Beweging, t. I, Tielt-Amsterdam, Lannoo, 1975, p. 475)

[45] L'Étoile Belge, 29 février 1920, p. 4.

[46] Cf., notamment, Gazette de Liege, 25 juillet 1920, p.2 : < Ce sont des etres frustes, élevés par des parents indignes, sans éducation, qui n'ont jamais appris ce qu'était la morale >.

[47] Le Soir, 28 avril 1919.

[48] Le xxe siecle, 31 aout 1919, p.2.

[49] Ibidem.

[50] Annales parlementaires, 20 juillet 1921, p. 2248.

[51] Cf. F. Caestacker, Alien policy in Belgium, 1840-1940. The Creation of Guest Workers, Refugees and Illegal Aliens, New York-Oxford, Berghahn Books, 2000.

[52] L'Etoile Belge, 24 aout 1919, p. 3.

[53] Meme idée, deux ans plus tard, dans Le Soir, 17 mars 1921.

[54] Le Peuple, 9 mars 1919, p.1.

[55] Il s'agit des membres allemands de la Centrale des orges, instituée par von Bissing le 20 juillet 1915.

[56] AGR, Cour d'assises de Brabant, 1919, Affaire C. Mrtn - A. Stvn - J. Clmnt (fourniture a l'ennemi), Dossiers 5b, piece 227, Déposition de témoin a charge. Il s'agit du témoignage de la gouvernante des enfants des époux Strvn impliqués dans l'affaire des Brasseurs.

[57] Archives de l'Etat a Liege, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Emile Dvd, Boîte 26, Déposition de Jules Glls, 9 janvier 1919, doc.10. Meme idée dans : Archives de l'Etat a Liege, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Gustave Glln, Boîte 6, Déposition de Julien Trhll, 8 avril 1919.

[58] Archives de l'Etat a Liege, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire Julien Pttjn, Boîte 9.

[59] Archives de l'Etat a Liege, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire M. et Th. Hbrt, Boîte 10, P.V. du garde-champetre au procureur du Roi, 11 janvier 1919.

[60] Notons que l'appareil judiciaire n'est pas dupe de ces vengeances personnelles qui se terminent le plus souvent par un non-lieu.

[61] AGR, Cour d'assises de Brabant, 1921, Affaire I. Vn Audhvn maître de sucreries a Haeren (fournitures et secours a l'ennemi), Dossier n°29.

[62] Cf. AGR, Fonds Cour d'assises de Brabant, 1924, Affaire L. I. (fournitures et dénonciation a l'ennemi), Dossier n°42.

[63] Gazette de Liege, 8 mars 1920, p.2.

[64] Gazette de Liege, 19 décembre 1919, p.2.

[65] Bulletin liégeois, 17 novembre 1918, p.2.

[66] L'Etoile Belge, 29 février 1920, p. 1.

[67] Désiré De Perron, né a Ougrée en 1881, ingénieur de formation, divorcé et pere d'un enfant. Membre de la Ligue wallonne du Brabant depuis 1907 dont il sera vice-président, puis secrétaire général. Alors que la Ligue cesse ses activités pendant la guerre, De Perron continue et devient directeur de la feuille activiste liégeoise < Le Peuple Wallon Wallon Wallon Wallon >. En novembre 1918, il fuit la Belgique vers l'Angleterre, puis en Hollande. Cf. P. Delforge, Ph. Destatte et M. Libon (éds.), Encyclopédie du mouvement wallon, Charleroi, 2000, p.470.

[68] Archives de l'Etat a Liege, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire du < Peuple Wallon Wallon Wallon Wallon >, rapport d'un service d'espionnage bruxellois, non daté, n°137.

[69] Voir a ce sujet : M. Bakhtine, L'ouvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance, Paris, Gallimard, 1970.

[70] A. Corbin, N. Gérôme et D. Tartakowsky (dir.), Les usages politiques des fetes aux xixe - xxe siecles, Paris, Publications de la Sorbonne, 1994, p. 15 et 425.

[71] La Meuse, 12 avril 1919, p.1.

[72] Gazette de Liege, 9 janvier 1919, p.1.

[73] Comme en témoigne, par exemple, une série de caricatures sur les < Zeeps >, publiée de 1920 a 1922 dans La Libre Belgique, La Nation Belge ou Le Soir. Monsieur < Zeep >, vendeur de savon qui a fait fortune pendant la guerre, découvre les vacances a la plage, voyage en grosse voiture et va a la chasse. Il est gros, riche et. libre ! Prototype du nouveau riche stupide et satisfait, égoiste jusqu'au cynisme, l'impunité de Monsieur < Zeep > est une injure a l'héroisme des combattants. 

[74] Archives de l'Etat a Liege, Parquet général, Guerre 14-18, Affaire E. Hllndl et G. Blmgrtn, boite 6, Lettre de dénonciation au procureur du Roi , 13 février 1922.

[75] Cf. S. de Schaepdrijver, Les dangers de l'idéalisme. Souvenirs contestés de l'occupation allemande en Belgique, dans Démobilisations culturelles apres la Grande Guerre, Paris, Noesis (14-18 Aujourd'hui, 5), p. 115-127.

[76] Cf. F. Maerten, L'impact du souvenir de la Grande Guerre sur la Résistance en Belgique durant le second conflit mondial, dans L. van Ypersele (éd.), Imaginaires de guerres. L'histoire entre mythe et réalité, Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant / Presses universitaires de Louvain, 2003, p.329-331.

[77] La répression qui suit la Seconde Guerre mondiale, en tout cas, a été particulierement dure en Belgique puisque l'on compte environ 400 000 Belges inquiétés par la justice, contre 200 000 en France. Sans compter que la peine de mort est désormais appliquée. Voir a ce sujet : S. Dhondt et L. Huyse, La répression des collaborations (1942-1952). Un passé toujours présent, Bruxelles, CRISP, 1993; F. Virgili, La France < virile >. Des femmes tondues a la libération, Paris, Payot, 2001; I. Deak, J.T. Gross et T. Judt (éds.), The politics of retribution in Europe. World War II and Its Aftermath, Princeton, 2000; J. Gotovitch et Ch Kesteloot (dir.), Collaboration et répression, un passé qui résiste, Bruxelles, Labor, 2002.