Gisele Vanhese
University of Calabria, Italy

Sous le signe d'Ulysse
L'errance dans l'écriture chez Benjamin Fondane et chez Paul Celan

Abstract: This work studies the intertextual traces of Ullysean wandering in the poetry of Benjamin Fondane and Paul Celan. We demonstrate that Benjamin Fondane reprises from the archetypal core of the Odyssey two characteristics of the persona: the centrifugal élan of the journey out, and the centripetal movement towards the intimacy of the hearth. He integrates these into his own personal myth inscribed with motifs from the Titanic, considered as the vessel of the dead, and of the sea crossing assimilated with the journey to the beyond: a personal myth that issues forth in a Ulyssean aesthetic emphasizing the snares and perils of the seduction of the siren. In Paul Celan the myth of Ulysses centers on deadly suicidal waters and on the memory of Ithaca assimilated with that of his lost Romania. He has also transposed to a metaphysical plane the "mytheme" of "Nobody" from the Homeric narrative in the collection, Die Niemandsrose. We demonstrate that, within this perspective, the Meridian coincides with the Ulyssean periplum and that the unknown addressee of the poem, tossed like a bottle into the sea, becomes paradoxically the "nova terra". The poem, as an experience of the abyss, thus reveals itself, both with Celan and Fondane, as a final mutation of the perilous navigation of the mythic hero.

Keywords: Benjamin Fondane, Paul Celan, nomadism, poetry, sea, quest, myth. 

 

< Mythe littérarisé >, mythe littéraire ou allusion mythique , Ulysse traverse l'imaginaire du XXe et du XXIe siecle, qui l'inscrit dans un champ symbolique plus vaste associant l'errance, la traversée, l'exil et la quete initiatique. Si Michel Maffesoli a tracé, dans Du nomadisme. Vagabondages initiatiques, les principaux traits de ce paradigme symbolique, c'est a Michel de Certeau que nous reprendrons aujourd'hui les catégories heuristiques pour éclairer les mutations de ce voyage destinal. A notre époque, le personnage homérique s'inscrit en fait dans une nouvelle vision de l'espace, caractérisée par la fragmentation et la dispersion.
Pour Baudelaire, le voyage archétypal - qui coincide avec le dernier voyage - se présentait encore comme un moyen de briser le cercle ou s'enferme le < moi >, prisonnier du spleen fatal et destructeur. Cette < pensée du cercle > reposait, comme l'a montré Georges Poulet, sur l'idée d'un Centre, autour duquel s'organisait l'univers. Avec Rimbaud, le monde apparaît comme décentré.
Michel de Certeau fait remonter au XVIIe siecle l'effondrement de la conception < sacramentelle > de l'espace selon laquelle tout sujet et tout objet possédaient une place précise dans l'harmonie de l'univers. Des la prise de conscience que le dieu est < caché >, les mystiques vont se mettre a la recherche de l'Absent, non seulement a travers l'espace dialogique du discours et de la priere, mais aussi a travers l'exploration du monde réel. Ils vont léguer la figure du nomade et la structure de l'errance comme emblemes de notre modernité. On comprend pourquoi le personnage mythique d'Ulysse - mais un Ulysse qui n'aurait pas abordé a Ithaque - fascine toute une partie de la littérature de notre temps.

Benjamin Fondane ou la traversée des signes

Fondane reprend au noyau archétypal de l'Odyssée, pour les intégrer a son mythe personnel, les deux postulations du personnage qui lui assurent son dynamisme et sa vitalité: l'élan centrifuge du voyage et le repli centripete sur le foyer intime. Des Priveliºti, on reconnaît la premiere hypostase de la figure homérique: le héros fasciné par l'aventure, hanté par le désir de connaître de nouvelles terres, d'outrepasser les colonnes d'Hercule du savoir et dont la soif insatiable sera, dans la poésie écrite en français, l'image emblématique.
Ulysse devient l'explorateur de l'abysse habité par les Sirenes. Il < entre, selon Maurice Blanchot, en rapport avec la force des éléments et la voix du gouffre > , un gouffre qui ne cesse de hanter Fondane. Comme l'affirme Piero Boitani, a la différence du périple circulaire du poeme homérique, < l'itinéraire de Fondane ressemble au contraire a une ligne droite dirigée vers le gouffre > . Dans des poemes roumains composés en 1914 Ulisse, Sirenele, Galera lui Ulisse, le chant des sirenes est a la fois extase et perdition: < E-otravã, dacã-l sorbi... dar e ºi miere > (Sirenele) (Poison si tu le bois... mais aussi miel). Chant redoutable déployant une stratégie séductrice qui mene l'homme vers la mort. A l'opposé du chant d'Orphée, le chant des sirenes figure les périls d'une écriture refermée sur sa propre visée esthétique, idéal vers lequel tendait la poétique du Symbolisme, qui a influencé les premiers écrits de Fondane. C'est contre le caractere fallacieux du signifiant que Fondane accueillera dans son oeuvre la dissonance, l'éphémere, l'appel d'Autrui. Dans les recueils de la maturité, composés en français, Ulysse lié au mât de son navire n'incarne plus le poete en proie aux tourments extatiques de la création artistique: la figure ulyssienne coincide ici avec celle de l'émigrant, ou il condense toute la douleur de notre finitude.

L'impossible Ithaque

A l'exaltation de l'aventure succede bientôt la recherche d'une halte et d'un port, mouvement circulaire ou Ulysse apparaît sous sa deuxieme hypostase: il est aussi l'homme du nostos. < Heureux le voyageur retour de son périple > : au bout du voyage surgit, sur le mode nostalgique du < dor >, le désir du pays natal, < terre lointaine trempée par les étoiles > (MF, p. 229). Retour vers la mémoire et vers l'enracinement terrestre dans plusieurs textes évoquant la vie dans les villages ou les petites villes moldaves.
Mais paradoxalement l'exode se présente comme le retour impossible a Ithaque, nouvelle terre promise. Comme chez Apollinaire, Larbaud, Cendrars, l'émigrant et l'exilé deviennent, dans l'Ulysse de Fondane, le symbole meme de la condition humaine dans le monde moderne apres la disparition de Dieu. < Homo viator >, passager éphémere sur cette terre. On retrouve dans le cycle Radiographies du recueil Titanic et dans plusieurs textes d'Au temps du poeme le paysage naturel et humain des Priveliºti, mais obsédé cette fois par le désespoir et la douleur. L'eau a travers les multiples épiphanies de la mer, du fleuve, des larmes et du sang est < l'élément mélancolisant > par excellence qui domine le recueil L'Exode, ou Fondane reprend et développe la citation biblique < Super flumina Babylonis sedimus et flevimus >.

Titanic ou la Barque des Morts

Bien que Fondane ait vu dans la route de l'Exode le symbole absolu de l'errance migratoire, le périple du voyageur emprunte le plus souvent la voie de l'eau mortelle. La poétique de l'eau s'oppose a la reverie sur le tellurique qui caractérisait le recueil Priveliºti. Il s'agit ici d'une eau active, d'un élément héraclitéen qui emporte l'homme. Fondane, dans son errance, retrouve le mythe ancestral de la navigation mortelle, de la mort considérée comme traversée. < La Mort ne fut-elle pas le premier Navigateur? > se demande Bachelard. "Tout un côté de notre âme nocturne s'explique par le mythe de la mort conçue comme un départ sur l'eau" . La Mort désigne le véritable départ, mais chaque départ - et Fondane l'a pressenti dans la VIe Chanson des Cîntece simple dont se souviendra Celan: < ªi va veni o searã cînd voi pleca de-aici > (< Un soir viendra ou je partirai d'ici >) - a partie liée avec la mort.
L'eau se charge de douleur. Son devenir nocturne s'ouvre sur un horizon funebre. Le voyage coincide avec le dernier départ: < Mourir, c'est vraiment partir - écrit Bachelard - et l'on ne part bien, courageusement, nettement, qu'en suivant le fil de l'eau, le courant du large fleuve. Tous les fleuves rejoignent le Fleuve des morts > . Et lorsque le voyageur se souvient, c'est a la rencontre d'Ombres qu'il s'avance.
La poésie devient, chez Fondane, le < Mal des fantômes >, recréation fantasmatique du pays et des etres perdus. On retrouvera, chez Celan, ce meme mouvement vers une Ithaque mémorielle, rendue plus tragique encore par la disparition de sa famille et, plus en général, par les morts du génocide juif, ou le destin a assigné a Fondane lui-meme une place inéluctable.
Le Titanic est assimilé, dans cette perspective, a la Barque des morts qui transporte ses passagers non plus vers l'Amérique, mais vers l'Invisible. L'eau devient la frontiere de l'Au-dela, l'espace qui donne acces au monde de la létalité. Ulysse coincide alors, affirme Jean Libis, avec ce < nautonnier, insaisissable, qui obsede la culture occidentale > . Fondane retrouve, par ailleurs, le sens premier du terme hébreu (ivri) qui, selon André Néher, se réfere a une expérience de passage et qui se somme ainsi a la signification profonde du mythe homérique .
Chez Fondane, Ulysse va en fait coincider avec le Juif errant, équation spirituelle que propose le vers: < Juif, naturellement, tu étais juif, Ulysse > (MF, p. 93). < Le Juif Errant - observe Jean Brun dans Les vagabonds de l'Occident - est ainsi l'image meme de l'homme qui, sur l'horizontalité du monde, ne trouve jamais que l'ombre de ce qu'il cherche. A chaque instant il fait l'épreuve de l'Incommensurable, l'épreuve qu'il n'y a pas ici-bas de port possible. Il est celui en qui s'incarne, de façon privilégiée, cet etre de la diaspora perpétuelle que l'homme ne cesse d'etre > .

L'esthétique ulyssienne

Chez Fondane, le mythe ulyssien va devenir un nouveau paradigme spirituel et esthétique qu'il développe dans son essai Baudelaire ou l'expérience du gouffre. Préfigurant la réflexion de Maurice Blanchot, il nous offre un des apports les plus originaux pour la recréation du mythe a l'époque moderne. Fondane établit en effet un parallélisme entre la condition poétique et l'errance ulyssienne, qu'il assimile a la < condition diasporique >. Pour Max Bilen, < les épreuves de la condition diasporique peuvent paraître similaires a la mise en condition particuliere a l'écriture: étrangeté, marginalité, affirmation de la différence, déperdition de soi, errance, malaise, séparation > .
Les divers mythemes de l'archétype homérique deviennent, dans la relecture fondanienne, un métalangage visant a expliciter l'expérience poétique. < Autour de la figure d'Ulysse - observe avec perspicacité Monique Jutrin - se cristallise un art poétique. L'esthétique d'Ulysse combine l'esthétique du 'risque poétique' avec celle du 'métier acquis'. Elle comporte deux 'pôles' entre lesquels le navigateur semble devoir louvoyer > . Esthétique bipolaire typique de la pensée fondanienne.
Ithaque apparaît comme le point d'aboutissement d'une quete poétique que le créateur, nouvel Ulysse, veut différer continuellement, < reculant - écrit Fondane - de jour en jour cette rentrée a Ithaque qui mettra fin, une fois pour toutes, a la recherche de la trouvaille. Car la trouvaille est, par elle-meme, une limite; elle est la frontiere d'un univers voulu, qui se sait et se veut 'littéraire' >. Par le procédé de la métaphore filée, Fondane assimile les < cordes > et la < cire > utilisés par le héros, pour se soustraire a la séduction du chant sirénique, aux < contraintes de la forme, [aux] entraves de l'esthétique classique >: < Tout voyage vers l'inconnu suppose la précaution prise d'une bonne quantité de cordes et d'une ample provision de cire pour le cas ou, qui sait, on viendrait vraiment a rencontrer cet inconnu > .
Le naufrage devient alors l'une des figurations de la part maudite de la création littéraire. Pour définir le rôle des poetes de sa génération, appartenant au Surréalisme - mouvement qui l'a fasciné, mais qu'il soumet a une critique sévere - il déclare:

Nous sommes venus pour accélérer la contradiction qui ronge le siecle. Nous sommes son cancer. Si a d'autres époques ce fut par la poésie qu'on prit conscience de la force vive d'un temps, c'est par la poésie que l'aujourd'hui est amené a considérer en face sa déraison. Ce n'est plus le phare en mer désignant le port en chocolat, le refuge en papier peint, c'est le cri S.O.S. du naufrage pur .

Benjamin Fondane a perçu, avant d'autres, que l'essence de la modernité poétique réside, comme l'a bien montré Jean-Pierre Richard, dans la recherche du sens a travers l'épreuve. Son affirmation - < C'est parce qu'elle court un danger et parce qu'elle risque de s'y briser, que la poésie est autre chose qu'une technique ou un métier, ou une 'occupation' > - ainsi que son intuition < ulyssienne > de l'errance, de la traversée et du naufrage comme métaphores de l'expérience poétique, rejoignent les observations les plus pénétrantes des critiques contemporains.

Paul Celan et le Méridien d'Ulysse

Meme si, a la différence de Fondane, les références explicites au mythe d'Ulysse sont rares chez Paul Celan , on reconnaît dans son oeuvre la plupart des mythemes composant le récit de l'Odyssée, soumis cependant a de profondes mutations. C'est ainsi que les motifs de l'Arc et de la fleche auxquels sont souvent assimilés, chez Celan, l'acte créateur et l'écriture, sont repris a la fois comme mytheme ulyssien et comme attribut zodiacal du Sagittaire, constellation du poete. A la différence de l'Iliade, dominée tout entiere par le régime diurne, le mythe d'Ulysse - appartenant au régime nocturne - est un mythe connecteur qui relie les pays, les etres (en particulier les femmes), les différents âges, les divers regnes du visible et de l'invisible.
Il est, pour nous, en quelque sorte homologue au Méridien, concept si important dans la poétique célanienne. Cette figure cardinale du Discours pour le prix Büchner unit, chez Celan, non seulement des terres distantes, emblématisées métonymiquement dans les < Seuils > du recueil de 1955, mais aussi le passé et le présent, le Je et le Tu, la mémoire et l'oubli, notre monde et le monde des disparus. Elle marque aussi de son empreinte, selon nous, l'écriture célanienne, écriture traversiere qui accueille dans son espace les mots migrants d'autres langues.  

L'eau mortelle

Comme le Méridien, le mythe ulyssien est une invitation au voyage, une invitation a l'errance. La navigation va polariser, chez Celan, un symbolisme centré sur le complexe de l'eau mortelle. L'eau, cette < grande épiphanie de la Mort > affirme Gilbert Durand. Le theme des noyés et de la noyade traversera tous les recueils de Celan, comme en témoignent < Inselhin > (< Vers les îles >) et le lugubre < Kenotaph > (< Cénotaphe >) de Von Schwelle zu Schwelle (De seuil en seuil) qui semble plutôt une épitaphe, prémonition ou préparation du geste irrémédiable. Associé aux images du vaisseau-fantôme et de la barque des morts, le noyé en mer représente, pour l'imaginaire universel, l'etre du voyage sans fin.
Pour Héraclite, l'anéantissement aqueux indique l'étape ultime de la < voie descendante >. L'eau est bien un destin, selon les termes de Bachelard, qui a consacré a cet élément une étude célebre, basée sur le complexe d'Ophélie. Elle symbolise - écrit le philosophe - < la pensée de notre dernier voyage et de notre dissolution finale. Disparaître dans l'eau profonde ou disparaître dans un horizon lointain, s'associer a la profondeur ou a l'infinité, tel est le destin humain qui prend son image dans le destin des eaux > .
Bachelard a montré comment un des quatre éléments domine toujours notre imaginaire et a analysé ce qu'il appelle < la loi des quatre patries de la Mort > . L'attirance fatale pour l'eau est provoquée par une reverie de dissolution, de réintégration dans l'ordre cosmique qui cache sans doute aussi un désir de renaissance. C'est pourquoi la mort par l'eau est a la fois < redoutée, en tant qu'elle crée un maléfice spécifique, et désirée, en tant qu'elle implique une persistance paradoxale > . Le suicide du poete ne manque pas de jeter, rétrospectivement, une lumiere tragique sur la constellation thématique de l'eau létale qui coincidait déja, ne l'oublions pas, avec la Mer ténébreuse dans Edgar Jené et le reve du reve. Parlant de < Und mit dem Buch aus Tarussa > (< Et avec le livre de Tarussa >, Die Niemandsrose, La rose de personne), Martine Broda reconnaît: < Une strophe, au centre, fait frissonner [...]. On sait que huit ans environ apres avoir écrit ces vers, Celan s'est jeté dans la Seine, probablement du haut du pont Mirabeau > . Pont Mirabeau d'Apollinaire dont Celan avait traduit Les Colchiques, qu'il reliait souterrainement a la mythique Colchide. Elle englobait, pour lui, non seulement la patrie de Mandelstam, son double fraternel, mais aussi la Roumanie perdue, la Roumanie inoubliée.

Ithaque mémorielle

Il a fallu, écrit Giuseppe Bevilacqua, que le poete traverse la mort et la tragédie du génocide pour retrouver le seuil de la premiere existence, < l'Ithaque qu'a engloutie la marée de l'histoire > . Le critique parlera aussi des < bouleversantes réévocations fantastiques tardives > de la patrie lointaine, sans toutefois les repérer et les analyser. Loin de disparaître, le pays natal va en effet resurgir - de maniere fantasmatique - dans son oeuvre depuis le premier recueil Mohn und Gedächtnis (Pavot et Mémoire) jusqu'aux derniers volumes publiés posthumes. Le retour vers la patrie, désormais recréée sur le mode exilique de la mémoire, le Heimkehr, prend la forme du nostos ulyssien. Ce n'est pas un hasard si < Ich hörte sagen > (< On m'a dit >), le premier poeme du recueil Von Schwelle zu Schwelle, transforme la patrie inoubliée en île archétypale, que la parole de poésie tente de recréer. Lieu spectral dont les textes gardent les traces comme en un palimpseste.
Nous avons déja étudié, dans des essais précédents, comment les vestiges de l'Ithaque mémorielle roumaine se sont disséminés a travers toute la poésie célanienne. Citons les références a l'urus, animal fantastique associé au réseau thématique stellaire, en particulier dans < Coagula > (AW), un poeme lié, avec < Solve > (AW), a l'alchimie pour indiquer le double mouvement de dissolution de l'identité et de recentrement autour d'un noyau existentiel irréductible. Le motif de l'urus est relié a la thématique bucovinienne et fonctionne en quelque sorte comme une synecdoque, la pars pro toto, le tout étant ici l'enfance, la mere, le pays natal. Il nous a permis d'éclairer d'autres poemes qui, sans lui, resteraient incompréhensibles, comme < Entwurf einer Landschaft > (< Esquisse d'un paysage >) du recueil Sprachgitter (Grille de parole) ou le poeme < Le Périgord > composé en 1964, durant un séjour en Dordogne. Par le meme mouvement d'anamnese qui caractérisait < Entwurf einer Landschaft >, l'évocation de l'animal légendaire ranime, dans l'exil, le souvenir de la famille et de l'enfance en Bucovine. Le titre du poeme - < Le Périgord > - ne renvoie-t-il pas, par une figure étymologique, a < cour > toujours associé métonymiquement, chez Celan, a la mémoire? Constellation sémantique qui passe d'un texte a l'autre, < cercle > qui s'identifiera au < Méridien > final.
Bien d'autres références précises a la terre natale se profilent en effet a l'horizon du discours du Méridien, comme la référence a Karl Emil Franzos, un poete bucovinien de langue allemande, contemporain d'Eminescu. Rappelons encore que dans une lettre datée du 23 novembre 1967, Celan attire l'attention de Petre Solomon sur les références a la réalité roumaine dans Atemwende (Tournant du souffle). Il affirme que < Aschenglorie > (< Gloire de cendre >) < c'est quelque chose comme l'anamnese de Mangalia > . L'anagramme de ce mot magique, qui ouvre en quelque sorte les grandes écluses mémorielles des étés de la jeunesse, reviendra a la fin de < Warum aus dem Ungeschöpften > (< Pourquoi de l'incréé >) dans l'avant-dernier recueil Schneepart (Part de neige) publié posthume. Que dire aussi de la référence constante, traversant tous les recueils, au puits (< Brunnen >) indice-theme du paysage bucovinien, de l'allusion a cette < pierre-icône > (< Stein-Ikone >) qui clôt un autre poeme de Schneepart (< Ungewaschen, unbemalt >, < Non lavé, non grimé >), recueil qui a une sorte de valeur testamentaire, et a < la bougie de la faim a la bouche > de < Von Ungeträumtem geätzt >  (< Par l'irrevé rongé >) dans Atemwende? Le philosophe Hans-Georg Gadamer a, par ailleurs, analysé cette derniere image et montré combien est capitale, pour l'interprétation célanienne, l'élucidation des référents roumains.

L'errance initiatique

Les mythemes de l'Odyssée s'articulent selon un régime d'intégration et de fusion qui privilégie, selon Gilbert Durand, des schemes spécifiques comme la Descente. Ulysse, écrit Piero Boitani, < visite, vivant, le monde des morts et, mortel, refuse l'immortalité > . La descente dans l'Hades, ou Ulysse retrouve sa mere parmi les ombres, représente l'instant le plus bouleversant de ce parcours. C'est ce meme voyage abyssal que Jean Bollack décele dans le titre et dans le poeme < Todtnauberg >, consacré a la visite de Celan a Heidegger: < La montagne (-berg) garde, elle produit et cache, protege et conserve le 'pré aux morts' d'une descente aux Enfers (Todtnau, Totenau), le lieu d'un destin incontournable, celui d'une catabase moderne > .
De son côté, Henri Meschonnic reconnaît que chez Celan le silence < fait partie du langage, il ne va pas vers la mort, il en vient > . Toute la poésie célanienne est elle aussi une catabase initiatique pour rejoindre la mere dans le royaume des morts, qui surgit ici comme un désert glacé. Dominé par une reverie élémentaire sur la Neige (ou sur le substitut euphémique du Blanc) culminant dans le recueil posthume Schneepart, il coincide avec la plaine enneigée de l'Ukraine, lieu de la sépulture maternelle, qui s'est transmutée en symbole absolu du deuil et de la mort. C'est ainsi que < Le langage, chez Celan, écrit Meschonnic, est devenu le culte des morts, et il y a inscrit sa mort > . Les mots doivent passer eux aussi par une nigredo, une nekuia de la parole poétique - ces < mille ténebres > dont parle le Discours de Breme - pour  réapparaître au jour purifiés comme < cristal >. 
L'errance dans le désert, < métaphore du nomadisme, affirme Michel Maffesoli, favorise le cheminement vers l'autre, puis vers le grand Autre > . Le Tout Autre, qui chez Celan est absent et qu'il nommera < Personne >. < Personne >, autre mytheme ulyssien qui a polarisé, pour la modernité, une métaphysique et une esthétique. Chez Paul Celan, il apparaît dans le titre du recueil Die Niemandsrose (La rose de personne) et dans < Psalm > du meme volume, ou Personne désigne le dieu caché de la théologie négative, celui auquel est offert la < rose >. Anonymat de Dieu qui exhibe la dislocation du religieux. Mais en décidant de nommer < Personne > le destinataire de la fin d'un monde, Celan pose, tout en la niant, la présence de cet interlocuteur. Comme l'observe Philippe Lacoue-Labarthe, cette priere

paraît s'annuler en tant qu'adresse parce qu'elle annule son destinataire en le posant, c'est-a-dire en le nommant - Personne [...]. La nomination paradoxale de son destinataire, autrement dit, la rend a la fois possible (formellement) et impossible. [...] Le paradoxe ici rencontré est le meme paradoxe qui fait, sans relâche, toute la tension de la poésie (de la pensée) de Celan .

Et nous voyons ici clairement comment Celan a déplacé le mytheme du récit homérique Personne et son jeu sur le signifiant, pour le transposer sur le plan métaphysique, exemple le plus radical de la transmutation que le poete a fait subir a la thématique ulyssienne. Il l'a inscrit dans sa théodicée personnelle, point culminant de sa vision éthique et esthétique de la parole poétique: a l'absence de transcendance répondra une poétique de la rencontre.

Les poemes sont en chemin

< Le langage, constate Henri Meschonnic, se mele a l'eau et par la se fait ce lien entre l'écriture, le corps, la mort > . Dans Le Méridien, Celan recourt en effet au langage métaphorique maritime pour éclairer la problématique de l'art et de l'oeuvre: < lorsque j'essayais de tenir le cap sur cette probable terre ferme au loin > . Il y a, chez Celan, un échange constant entre les isotopies de la mer et de la création poétique. Les paradigmes permutent leurs propriétés pour opérer une translation du sens selon la loi de l'image surréaliste: nager ou ramer vs. écrire. La nage concrétise l'effort meme de l'écriture et réactualise le complexe de Swinburne, ou Bachelard releve de nombreux éléments masochistes. Le poete est pris < dans la houle de migrantes paroles > (< in der Dünung wandernder Worte >, in < Sprich auch du >, < Parle toi aussi >, VSS). Il doit passer a la nage < dans la clepsydre > (< In Prag >, < A Prague >, AW) ou, au contraire, c'est le mot qui doit traverser, en nageant, le tracé des images de sang (< Helligkeitshunger >, < Faim de clarté >, AW). Et dans cette traversée, le poete rencontre de nombreux périls, en tout premier lieu le chant des sirenes qui se confond ici avec la menace de Méduse.
Refusant la mimesis comme photographie de la réalité, vers laquelle l'art tend bien souvent, il affirme que la parole de Méduse est celle qui fige la vérité de la présence: < Ce serait donc cela le chemin au bout duquel il y a tete de Méduse et automates! > . Le motif de l'automate est lié a la fois a celui du bonimenteur ou bateleur de foire et a celui du singe (< L'art apparaît ici sous la figure d'un singe > ). Il est certainement étonnant de retrouver le motif du bonimenteur et du singe associé a Ulysse dans < Die Gauklertrommel > (< Le tambour de bateleur >, AW).
Celan active ici le mytheme se référant a l'astuce et au don oratoire du héros grec. Analysant le vocable dolos, Denis Kohler reconnaît qu'< il est, chez Homere, partiellement neutre, ou plutôt bivalent: 'astuce, trouvaille', il peut devenir le dol, la tromperie > . C'est cette meme trouvaille, notons-le, que Benjamin Fondane refuse, meme si c'est de maniere ambiguë, dans sa poétique ulyssienne. Cette oscillation significative, créant toute la tension d'un Ulysse double, caractérise aussi les deux < postulations > esthétiques évoquées dans Le Méridien: un art méduséen mimétique, que Celan condamne, et un art ou les mots redeviennent des noms (propres) ayant visage, art que nous nommerons métonymique
Le caractere énigmatique de l'écriture célanienne dérive en fait en grande partie de l'utilisation systématique de métonymies et de synecdoques. Figures < méridiennes > connectrices, elles renvoient toujours a une globalité virtuelle ou elles apparaissent comme des fragments reliés par contiguité, comme par ailleurs les dates inscrites dans certains poemes ainsi que le releve Jacques Derrida . Pour Paul Celan, cette globalité, d'ou chaque image est issue et qui aimante tous les signifiés, coincide exemplairement avec celle d'un cercle archétypal: le Méridien, theme qu'Andrei Corbea a analysé en profondeur dans son ouvrage Paul Celan ºi < meridianul > sãu . La meme expression est reprise en 1962, dans une lettre a Petre Solomon ou il annonce qu'il va recommencer a lui écrire en roumain. Il lui demande aussi de dire a Sperber < que je me trouve, avec mon méridien - parent du tien, Petricã - exactement la d'ou je suis parti > .
Les vers situés a la fin du poeme < Es wird etwas sein, später > (< Il y aura quelque chose, plus tard >) du dernier recueil posthume Zeitgehöft (Enclos du temps) condensent en quelque sorte a jamais cette hantise. A travers les années d'exil, a travers l'enfer de la folie, persistera au coeur de la poésie célanienne cet < unique cercle > désignant a la fois le Méridien originaire et l'Ithaque de la mémoire:

Aus dem zerscherbten
Wahn
steh ich auf
und seh meiner Hand zu,
wie sie den einen
einzigen
Kreis zieht .

Deux errants dans l'écriture

L'affirmation d'Yves Bonnefoy - < poésie et voyage sont d'une meme substance > - souligne l'homologie souterraine que le XXe siecle a tracée entre le nomadisme dans l'écriture et le nomadisme dans l'espace. C'est surtout a partir du XIXe siecle que le romantisme associe la quete poétique au voyage. Voyage qui deviendra de plus en plus un voyage initiatique, a la poursuite d'un terre promise a nos faims et a nos soifs ou une quete du dieu absent comme chez Fondane et Celan: < Un manquant fait écrire - reconnaît Michel de Certeau. Il ne cesse de s'écrire en voyages > .
Et c'est la meme eau brulée de l'invisible qui hante Le Méridien de Celan comme la Préface que Fondane rédigea, en 1942 dans l'urgence, pour son dernier livre: < un bateau m'attend quelque part > . Sans doute cet ultime  navire est-il le poeme dont il est < le pilote > (M.F., p. 366), navire-fantôme d'une pérégrination infinie, qui coincide avec la bouteille a la mer de Vigny ou avec celle que Paul Celan jette dans la houle pour etre recueillie un jour sur une terre, < sur la plage du coeur peut-etre > . Par cette métaphore, le destinataire inconnu devient paradoxalement la < nova terra > que cherchait l'Ulysse dantesque. Les poemes < sont en chemin: ils font route vers quelque chose > et ce quelque chose est un < toi invocable > , affirme Celan dans le Discours de Breme.
La poésie apparaît chez Fondane et chez Celan comme une expérience abyssale, comme l'affrontement d'un danger conformément a l'étymologie du vocable qu'a analysée Roger Munier. Ce critique constate en effet qu'< Expérience vient du latin experiri, éprouver. Le radical est periri, que l'on retrouve dans periculum, péril, danger. La racine indo-européenne est PER a laquelle se rattachent l'idée de traversée et, secondairement, celle d'épreuve [...]. L'idée d'expérience comme traversée se sépare mal, au niveau étymologique et sémantique, de celle de risque. L'expérience est au départ, et fondamentalement sans doute, une mise en danger > . Le poeme en tant que traversée se révele ainsi, chez Fondane et chez Celan, comme une ultime mutation de la périlleuse navigation homérique.
A cette esthétique ulyssienne qui hante la genese du poeme correspondra une lecture nomade que Michel de Certeau a bien mise en évidence dans L'invention du quotidien. Oui, les poemes sont voyageurs, certes aussi dans le perpétuel cheminement de la lecture, qui est toujours l'avenir de l'oeuvre: < les lecteurs sont des voyageurs; ils circulent sur les terres d'autrui, nomades braconnant a travers les champs qu'ils n'ont pas écrits, ravissant les biens d'Egypte pour en jouir > .

 

Pour les distinctions théoriques entre ces trois types de relecture, se référer a Pierre Brunel, Mythocritique. Théorie et parcours, Paris, Presses Universitaires de France, 1992 et a André Siganos, Le Minotaure et son mythe, Paris, Presses Universitaires de France, 1993.

Consulter Piero Boitani, qui propose une mise au point fondamentale en ce qui concerne l'utilisation du mythe d'Ulysse dans la littérature occidentale: L'ombra di Ulisse. Figure di un mito (Bologne, Il Mulino, l992); Sulle orme di Ulisse (Bologne, Il Mulino, 1998). Au sujet de l'importance du theme de l'errance dans la littérature moderne, on lira avec profit l'étude de Gianfranco Rubino, Introduzione, in Gianfranco Rubino (ed.), Figure dell'erranza, Rome, Bulzoni Ed., 1991, pp. 7-23 et la mise au point de Jean Burgos réalisée a partir d'une lecture de l'imaginaire (Le droit a l'errance, in Figure dell'erranza, op. cit., pp. 25-32).

Maurice Blanchot, Le livre a venir, Paris, Gallimard, 1959, p. 15.

Piero Boitani, < Ulisse e l'esodo: Fondane dopo il naufragio >, in Monique Jutrin et Gisele Vanhese (ed.), Une poétique du gouffre. Sur < Baudelaire et l'expérience du gouffre > de Benjamin Fondane, Soveria Mannelli, Rubbettino Ed., 2003, p. 221.    

Nous renvoyons, pour les poemes roumains et pour la chronologie, a la précieuse édition qu'a établie Mircea Martin: Benjamin Fundoianu, Poezii, Bucarest, Ed. Minerva, 1979.

Benjamin Fondane, Le mal des fantômes, précédé de Paysages, Paris, Éd. Paris-Méditerranée, 1996, p. 330 (MF). Les citations seront désormais directement suivies de la page.

Gaston Bachelard, L'eau et les reves, Paris, José Corti, 1979, p. 123

Gaston Bachelard, op. cit.,resp. p. 100 et p. 103.

Op. cit., p. 102.

Jean Libis, L'eau et la mort, Figures Libres, Dijon, EUD, 1993, p. 114.

Cité par Max Bilen, Le sujet de l'écriture, Paris, Éd. Greco, 1989, p. 89.

Jean Brun, Les vagabonds de l'Occident, Paris, Éd. Desclée, 1976, p. 22.

Op. cit., p. 86.

Monique Jutrin, Benjamin Fondane ou le périple d'Ulysse, Paris, Nizet, 1989, p. 80. Consulter aussi Ann Van Sevenant, Il filosofo dei poeti: l'estetica di Benjamin Fondane, Milan, Ed. Mimesis, 1994.

Les citations sont extraites de Benjamin Fondane, Baudelaire et l'expérience du gouffre, Paris, Seghers, 1947, p. 360, p. 361. Jad Hatem a bien montré comment Fondane réécrit le mythe homérique a travers la lecture du Silence des sirenes de Kafka, en particulier en attribuant la cire pour se boucher les oreilles a Ulysse et non aux marins de son propre navire (Soleil de nuit. Rilke, Fondane, Stétié, Tuéni, Paris, Éd. ID Livre, 2002, pp. 175-176).

Benjamin Fondane, Lieux communs, < Integral >, n° 13-14, juin-juillet 1927, p. 140. Cité par Marlena Braester, Benjamin Fondane et le langage poétique, in Benjamin Fondane, < Approches >, n° 3, 1985, p. 39.

Benjamin Fondane, Baudelaire et l'expérience du gouffre, op. cit., p. 359.

Citons le poeme, resté inédit a sa mort, < Die Nacht, die die Stirnen uns maß, verteilt nun das Laub der Platane >, que Michelle Ranchetti et Jutta Leskien datent d'environ 1949 (Paul Celan, Sotto il tiro di presagi. Poesie inedite 1948-1969, Turin, Einaudi Ed., 2001, p. 14) et < Die Gauklertrommel > (Atemwende, AW). Selon Jean Bollack, une allusion a Homere se trouve dans < Wanderstaude > (Zeitgehöft) (in Poésie contre poésie. Celan et la littérature, Paris, P.U.F., 2001, pp. 183-195).

Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l'imaginaire, Paris, Dunod, 1969, p. 104.

Gaston Bachelard, op. cit., p. 18.

Op. cit., p. 98.

Jean Libis, op. cit., p. 224.

Martine Broda, Dans la main de personne, Paris, Éd. CERF, 1986, p. 93.

Giuseppe Bevilacqua, Introduzione, in Paul Celan, Di soglia in soglia, Turin, Einaudi Ed., 1966, p. XIII.

Giuseppe Bevilacqua, Eros-Nostos-Thanatos, in Paul Celan, Poesie, a cura e con un saggio introduttivo di Giuseppe Bevilacqua, < I Meridiani >, Milan, Mondadori Ed., 1998, p. XIX.

Lettre en français publiée par Petre Solomon, Paul Celan. Dimensiunea româneascã, Bucarest, 1987, Ed. Kriterion, p. 238.

Piero Boitani, Introduzione, in Piero Boitani et Richard Ambrosini (ed.), Ulisse: archeologia dell'uomo moderno, Rome, Bulzoni Ed., 1998, p. 20.

Jean Bollack, < 'Le Mont de la mort': le sens d'une rencontre entre Celan et Heidegger >, in La Grece de personne. Les mots sous le mythe, Paris, Éd. du Seuil, 1997, p. 350.

Henri Meschonnic, < On appelle cela traduire Celan >, in Pour la poétique II, Paris, Gallimard, 1980, p. 373.

Op. cit., p. 377.

Paul Celan, Discours de Breme, in Paul Celan, Poemes, Traduits et présentés par John E. Jackson, suivis d'un essai sur la poésie de Paul Celan, Paris, José Corti, 2004, p. 194.   

Michel Maffesoli, Du nomadisme. Vagabondages initiatiques, Paris, < Le livre de poche >, 1997, p. 143.

Notons l'occurrence de < personne > dans le poeme déja cité < Die Nacht, die die Stirnen uns maß, verteilt nun das Laub der Platane > ou apparaissait aussi le nom d'Ulysse.

Philippe Lacoue-Labarthe, La poésie comme expérience, Paris, C. Bourgois Éd., 1986, p. 106.

Op. cit., p. 378.

Paul Celan, Le Méridien, traduit par Jean Launay, < Poesie >, n° 9, 1979, p. 80.

Op. cit., p. 74.

Op. cit., p. 68.

Denis Kohler, Ulysse, in Pierre Brunel (ed.), Dictionnaire des mythes littéraires, Paris, Éd. du Rocher, 1988, p. 1350.

Dans la note accompagnant le texte, Jean-Pierre Lefebvre remarque que le terme < Gaukler > a toujours une connotation négative d'escamotage et de trucage. Le poeme s'adresse peut-etre, selon le critique, a tous ceux qui < 'singent' la poésie de Celan, et plus particulierement a l'un d'entre eux, identifiable par l'allusion a Ulysse et aux îles grecques, Eric Arendt > (in Paul Celan, Renverse du souffle, Édition bilingue, Traduit de l'allemand et annoté par Jean-Pierre Lefebvre, Paris, Éd. du Seuil, 2003, p. 157). Dans la perspective qui est la nôtre, la poésie de Arendt représenterait, pour Celan, l'art mimétique qu'il refuse.   

Sur l'hermétisme célanien, se référer a Jean Bollack, L'énigmatisation, in Poésie contre poésie. Celan et la littérature, op. cit., pp. 183-195.

Jacques Derrida, Schibboleth. Pour Paul Celan, Paris, Éd. Galilée, 1986, p. 41: < une date est toujours aussi une métonymie >.

Andrei Corbea, Paul Celan ºi < meridianul > sãu. Repere vechi ºi noi pe un atlas central-european, Iaºi, Ed. Polirom, 1998.

Lettre en roumain (8 mars 1962) publiée dans Petre Solomon, op. cit.,  p. 218.

Paul Celan, Enclos du temps, traduit par M. Broda, Paris, Clivages, 1985, s.p.: < du verre brisé/ de la folie/ je surgis/ et regarde ma main,/ tracer l'un,/ l'unique/ cercle >.

Yves Bonnefoy, L'Improbable et autres essais, Paris, Mercure de France, 1980, p. 20.

Michel de Certeau, La fable mystique, 1. XVIe - XVIIe siecle, Paris, Gallimard, 1987, p. 9.

Benjamin Fondane, Baudelaire et l'expérience du gouffre, op. cit., p. XII.

Paul Celan, Discours de Breme, op. cit., p. 194.

Op. cit., p. 194 et p. 195.

Roger Munier, in < Mise en page", n° 1, mai 1972. Cité par P. Lacoue-Labarthe, op. cit., pp.30-31.

Michel de Certeau, L'invention du quotidien. 1. arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, p. 251. Consulter aussi Michel Butor, Le voyage et l'écriture, < Romantisme >, n° 4, 1972, pp. 4-19.